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Fans de Muriel Baptiste

Du 18 août au 13 septembre

4 Avril 2016 , Rédigé par patricks Publié dans #Les forêts de Normandie Journal 1972

Bagnoles de l’Orne, 18 août

Nous arrivons à la villa Les Lierres. Elle est située en face d’une des entrées de la forêt très dense.

A compter du lundi 21, notre vie sera régulée de la façon suivante : du lundi au vendredi, ma mère se rend le matin aux thermes pour ses soins, de 9h00 à 11h00. Je venais avec mon chien la chercher vers 11h30 et nous faisions général étape au marché pour y prendre des légumes, des fromages et du petit lait.

La propriétaire de la pension nous prête un pot au lait en fer et chaque soir, nous allons à la ferme chercher deux litres de lait tout chaud.

Je commençais mes promenades le matin avec mon chien en m’enfonçant dans la forêt domaniale. Choses que je renouvelais parfois l’après-midi. J’avais, avec Kiki, l’impression lors de ses promenades solitaires de me rapprocher de Muriel, de m’isoler du monde.

L’après-midi, nous prenions la Simca pour partir en vadrouille, l’essence n’étant pas chère en 1972.

En général, nous nous rendons dans les villes situées alentour : Tessé la Madeleine, Domfront et son marché, Lonlay l’abbaye, Alençon qui est annoncé sur la route par un château d’eau et l’usine Moulinex et la Ferté-Macé.

Le samedi et le dimanche, nous faisons des excursions : je convaincs mes parents d’aller voir le pont de Tancarville, moi qui suis passionné des ponts suspendus. C’est l’endroit le plus éloigné où nous nous rendons. Nous allons aussi à Mortagne-au- Perche à la Chapelle Montligeon, endroit sublime. Tout est entouré de fleurs et de verdure, et les deux pointes de la Basilique surgissent tout d’un coup, pointées vers le ciel, semblent le déchirer. Mes parents y ont inscrits leurs défunts morts en Algérie pour des messes perpétuelles. Ils m’offrent une chevalière, et je la porte fièrement en essayant de graver à l’intérieur « MB » pour Muriel Baptiste. La manœuvre se révèle trop compliquée et je me contente d’inscrire, avec une aiguille, un « M ».

Le dimanche, mes parents multiplient les excursions : la plage du débarquement à Avranches, Lisieux, les plages de Deauville et Trouville, le Mont-Saint-Michel. A Alençon, visitant le musée de la dentelle, ils ne peuvent s’offrir un souvenir, un carré de dentelle coûtant plus de cent francs.

Les balades en forêt constituent les meilleurs moments. Elles sont quotidiennes ou presque. Je ne mesure pas la chance qui m’est donnée devant toute cette verdure. Les chemins forestiers sont bien entretenus, bordés de petits fossés. Je marche, je cours, je vole, avec mon chien, parfois fatigué, mais qui me suit fidèlement. Il n’y a aucun risque, je peux ne pas le promener en laisse, et il en profite pour courir.

C’est mon premier vrai contact avec la nature. L’isolement ne me fait pas peur, au contraire, je peux parler à voix haute, dire que j’aime Muriel. Bien sûr, visiter le Mont-Saint-Michel et assister à la montée de la marée est un beau spectacle, mais les randonnées quotidiennes ont quelque chose de plus.

Je me rends compte que je suis amoureux fou, passionné, par Muriel. Que ce sentiment merveilleux réchauffe tout mon être et illumine ma vision du monde. Que tout ce qui m’a passionné jusque là, en comparaison, est dérisoire.

Bagnoles de l’Orne, 22 août

Il y a un téléfilm d’épouvante sur la 2 dans l’anthologie « Mardi soir » : « La ferme de Crowhaven », avec Hope Lange et Paul Burke. Je l’aurais regardé si j’étais resté à Montélimar. La télévision manque quelquefois en vacances.

Bagnoles de l’Orne, 23 août

En achetant Télé Poche, je vois qu’à compter du lundi 28 est rediffusé le premier feuilleton que j’ai regardé lorsque nous avons acheté un poste de télévision en 1966, « Corsaires et flibustiers » (ou « Les Corsaires ») avec Michel Le Royer, et qu’avec la date prévisible de notre retour, je n’en verrai pas un seul épisode. Je m’en plains à ma mère, et c’est l’occasion d’une grosse dispute. Mais bon, ces vacances valaient bien la peine de rater un feuilleton, qui de toute façon n’a pas Muriel au générique.

Bagnoles de l’Orne, 5 septembre

Nous sommes partis sans radio, sans télévision, et la Simca ne dispose pas d’un auto radio. A partir du 5 septembre, nos voisins de la villa les lierres écoutent sans interruption la radio, et nous comprenons qu’il se passe quelque chose d’anormal. C’est la tragédie des jeux olympiques de Munich, les 5 et 6 septembre, la prise d’otage d’athlètes israéliens par des terroristes palestiniens du groupe « Septembre noir ».

Mes parents, bouleversés, décident que désormais en vacances, nous ne nous couperons plus du monde et achèterons un petit poste radio portable.

Fontainebleau, 10 septembre

Nuit à l’hôtel Aigle Noir Nous allons visiter le château avant d’occuper la chambre.

Montélimar, 11 septembre

Journée de retour, je raterai le matin le dernier épisode des « Corsaires ». La Simca nous ramène à Montélimar en fin d’après-midi.

Montélimar, 12 septembre

Les feuilletons qui sont programmés « Malican père et fils » et « Danse sur un arc en ciel » ne me passionnent guère.

Montélimar, 13 septembre

C’est le jour de changement de congé scolaire, le jeudi est travaillé à la place du jeudi, un grand bouleversement pour les gens de ma génération.

Une de mes séries préférées est annoncée le jeudi dans Télé Poche, « Les globe-trotters », alors que le premier épisode est diffusé le mercredi. Je le rate donc. Le lendemain, c’est la rentrée scolaire et les retrouvailles avec Francis. La première chaîne multiplie les annonces au sujet d’un feuilleton qui semble très effrayant, « L’homme qui revient de loin », avec Alexandra Stewart et Louis Velle. Troisième feuilleton de l’année pour Louis Velle après « La demoiselle d’Avignon » et « Le Seize à Kerbriant » en février.

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