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Fans de Muriel Baptiste

Du 22 juillet au 17 août

4 Avril 2016 , Rédigé par patricks Publié dans #Les forêts de Normandie Journal 1972

Montélimar, 22 juillet

6e épisode de « La princesse du rail », 17eme des « Dernières volontés de Richard Lagrange », je ne réalise pas le bonheur que cela me procure. En effet, je trouve cela naturel.

Cette situation cependant ne va pas durer, il était facile de le prévoir. Douce insouciance de la jeunesse.

Dans son interview, Muriel a déclaré n’avoir rien tourné entre la fin des « Rois maudits » en mars et juillet.

Ma mère doit faire une cure à Bagnoles de l’Orne, en Normandie, projet déjà reporté d’un an. En 1971, elle avait versé des arrhes à la pension de famille « Villa les lierres » et les as perdu, n’ayant pas obtenu ses congés.

Cette année est la bonne, nous partirons le 17 août.

Montélimar, 25 juillet

J’ai passé ma journée devant la télévision, d’abord l’après-midi avec le film « La Fayette » avec Michel Le Royer, les deux feuilletons avec Muriel, et le soir le téléfilm « La dernière victoire » avec Angie Dickinson, une histoire d’affrontement entre deux races d’extra-terrestres sur la Terre. Le film a beaucoup copié la série « Les envahisseurs », puisque les cadavres des aliens disparaissent en se consumant, ne laissant aucune preuve.

Montélimar, 31 juillet

C’est le dernier épisode de « La princesse du rail » et Annunciata se jette sous les roues de la locomotive conduite par le chauffeur Chambon (Armand Mestral), meilleur ami du héros Antoine Delorme, interprété par Jacques Santi.

Ma grand-mère constate que je suis très ébranlé et me dis, au sujet de Muriel : « Tu la retrouveras ce soir ».

Le feuilleton se déroule en Auvergne, entre Langogne et Langeac, mais chaque fois que je me rends en Ardèche, je retrouve les paysages du feuilleton qui sont assez semblables. L’Ardèche comporte de multiples voies de chemin de fer désaffectées. On est tout à fait dans l’atmosphère de la série. Or, l’Ardèche est à proximité de Montélimar, il suffit de traverser le Rhône.

Depuis la première diffusion de 1967, je pense à la petite gitane de ce feuilleton chaque fois que je me rends en Ardèche. Muriel Baptiste m’a vraiment marqué.

Montélimar, 1er août

A 12h30 commence « Yao », feuilleton tourné en Côte d’Ivoire, qui affiche à l’écran : « En Afrique, il y a très, très longtemps ». Je réalise que la princesse me manque. Les 13 épisodes ont défilé trop vite, et il me reste comme immense consolation de voir Muriel le soir dans son autre feuilleton. La télévision a pris ses quartiers d’été et devient anémique. Il n’y a quasiment rien à voir à part « Richard Lagrange ». Heureusement qu’il fait beau dehors. Même « Chaparral », après deux épisodes, s’arrête le samedi soir. Quant aux « Aventures australes » du jeudi, elles sont sitôt vues sitôt oubliées.

Que m’importe ce qui s’est passé en Afrique il y a très, très longtemps. « Yao » est pour moi une immense frustration. Je n’ai plus mon rendez-vous du midi avec Annunciata.

Je patiente, Télé Poche a annoncé la programmation des « Rois maudits » en septembre.

Cette double page d’interview de Muriel, je la connais par cœur. Je l’ai découpée et collée dans un cahier avec les photos de la vedette.

Avec Kiki, nous nous connaissons depuis que mon parrain est revenu de Tahiti en 1966, et l’osmose entre nous est parfaite. C’est un chien pacifique, il ne sait pas aboyer, se contenter de produire un son guttural. Il s’allonge en mettant ses pattes postérieures allongées loin derrière lui, chose inhabituelle chez un chien. Kiki est un véritable puits de tendresse. Peu d’animaux me semblent capables de donner autant d’amour.

Montélimar, 7 août

Cette-fois, Geneviève Lagrange tire sa révérence et je ne verrai plus Muriel chaque jour. Comme son autre feuilleton, c’est une ineptie qui remplacera « Les dernières volontés de Richard Lagrange » : « Suivez Budart » avec Roger Riffart, un feuilleton décalé et loufoque. C’est la double peine donc puisqu’elle n’est plus là, et qu’un programme débile la remplace.

A compter de ce jour-là, je me demande quand je vais la revoir. Je rêve d’elle éveillé en permanence, mais elle n’est plus présente à la télévision.

Montélimar, 12 août

En famille, nous allons voir au cinéma « Les choses de la vie », de Claude Sautet, film de 1970 qui ressort en salles. L’intrigue raconte un accident de voiture et effraie ma mère qui doit prendre le volant pour un long trajet jusqu’à Bagnoles de l’Orne.

Montélimar, 13 août

Pas de chance, « Quentin Durward » en est au sixième épisode sur sept, et c’est le dernier que je pourrai voir. Heureusement que ce n’est qu’une rediffusion.

Montélimar, 16 août

Décès du comédien Pierre Brasseur à Brunico, en Italie, dont l’une des dernières partenaires fut deux ans plus tôt Muriel Baptiste dans la pièce « Tchao », et père du nouveau Vidocq, Claude Brasseur.

« Yao » s’est terminé et je peux voir le premier épisode de « Bob Morane », personnage populaire né de l’imagination d’Henri Vernes, que l’on peut lire en romans et en bandes dessinées. Claude Titre l’incarne. Je ne verrai pas la suite.

Nous préparons nos bagages pour le grand départ.

Paray le Monial, 17 août (matinée)

Nous partons pour la Normandie. Au début, sur une aire de l’autoroute A7 en direction de Lyon, nous nous arrêtons pour faire des emplettes. Il y a des livres en solde. J’achète deux aventures du Saint par Leslie Charteris : « Faites confiance au Saint » et « Ici le Saint », qui forment un lot. Je me fais offrir aussi un « Bob Morane » : « Mission à Orly ». Ma mère s’achète un livre à l’eau de rose de Delly, « Les seigneurs loups ».

Il est prévu de faire une escale en route. Mes parents veulent s’arrêter à Paray-le-Monial en Saône et Loire. Je crois, à tort, que c’est la ville natale du champion cycliste Bernard Thévenet (qui est en fait à quelques kilomètres de là, à Saint Julien de Civry).

Il fait beau, ciel bleu, soleil lumineux. Nous visitons la basilique du Sacré-Cœur et la chapelle du monastère de la visitation. Ce qui me plaît le plus, ce sont les jardins verdoyants.

C’est l’endroit idéal pour rêver, et vous devinez à qui je pense. Je me promène, distrait, dans les allées. Les jardins du Cloître sont magnifiques, je me balade dans les allées entre les massifs. Muriel est bien davantage présente là que devant une télévision où elle n’apparaît plus.

Mes parents me promettent d’aller à la Chapelle Montligeon durant le séjour à Bagnoles. L’endroit est parait-il encore plus beau.

C’est la tête dans les étoiles que je rejoins la Simca familiale qui nous transporte. Ma mère et ma grand-mère attribuent sans doute ma rêverie à la beauté des lieux, alors que j’ai la tête remplie de pensées pour l’actrice que j’aime éperdument.

Etampes, 17 août (soirée)

L’itinéraire que ma mère a établi nous fait partir de Paray-le-Monial pour des routes nationales qui nous mènent à Etampes, en Essonne. Elle compte ensuite bifurquer sur Fontainebleau où nous devons dormir.

Mais à Etampes, elle ne marque pas l’arrêt à un feu tricolore au rouge. Il se trouve en hauteur et elle ne l’a pas vue. Elle est immédiatement arrêtée par un agent de police d’abord peu avenant. Il lui demande « Vous reconnaissez les faits ? », elle se trouble, veut dire oui, répond par la négative. Le malentendu se dissipe. L’agent insiste en voyant les papiers de maman sur le fait qu’elle est née à Constantine en Algérie et lui demande de le préciser.

Ce fonctionnaire de police était certainement un pied-noir. Nous sommes à dix ans de la fin de la guerre d’Algérie. Ma mère n’aura ni retrait de permis ni amende. Elle en sera quitte pour une peur bleue.

Mais nous abandonnons l’idée de dormir à Fontainebleau, en nous promettant d’y faire halte au retour, en allant dormir dans un hôtel local.

Ma mère est perturbée par l’histoire du feu rouge grillé

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