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Fans de Muriel Baptiste

Janvier 2015

27 Avril 2016 , Rédigé par patricks Publié dans #JOURNAL 2015

Valence, 1er janvier

2014 est à ce jour la pire année de ma vie, ma fille ayant perdu la garde de mon petit fils en juillet. Cela fait sept mois que le cauchemar est là. Le jugement a été prononcé en août 2014.

Ce drame a tout occulté depuis le 12 juin, lorsqu’un huissier de justice est venu frapper à la porte de ma fille Claire pour une assignation en référé.

Je me dis que le jugement d’appel qui ne va pas tarder à tomber sera décisif. Il faut malgré tout continuer à vivre. Rien ne sera plus jamais pareil.

Que va donc m’apporter 2015, en faisant abstraction de cette affaire ? Cette année marque le vingtième anniversaire de la mort de la comédienne Muriel Baptiste, que j’aime depuis toujours, et quand je dis toujours, cela a commencé à l’âge de sept ans. En 1974, elle a quitté le métier et s’est évanouie dans la nature. Je n’ai appris son décès que le dimanche 6 novembre 2005, plus de dix ans après, à dix huit heures.

Mon deuil, si je peux le qualifier ainsi, est donc décennal, puisque mon esprit l’a pris en compte lors de la connaissance de la terrible nouvelle.

Tout le monde a oublié Muriel aujourd’hui, même si en son temps (1964-1974), elle a connu son moment de gloire, particulièrement à la télévision, à l’ORTF. Elle a été la vedette de cinq feuilletons, celui qui est passé à la postérité est « Les Rois maudits ».

Je sais que beaucoup me prennent pour un illuminé. J’ai réalisé un blog sur elle, et ai publié à compte d’auteur « Muriel Baptiste, la reine foudroyée », en 2007, et « Muriel Baptiste, la vie : quelle gifle ! » en 2014. Mes livres se sont mal vendus, quelques dizaines, mais ils représentent pour moi une trace bien plus durable qu’Internet. Je trouve cette technologie peu fiable et peu durable, tant de sites et de forums ont disparu depuis que je surfe sur la toile comme on dit.

Si je suis encore là le 1er janvier 2016, je pourrai tenir le même discours. Muriel encore, Muriel toujours. Elle est vivante tant que je le suis, puisque je parle d’elle, perpétue son souvenir. La grande question est de savoir si quelque chose existe « après ». Eternelle question pour moi qui ait été croyant les quinze premières années de ma vie, puis comme le chante Michel Sardou qui ait surtout cru lorsque j’en avais besoin. En 1997, malade, je suppliais le ciel de m’épargner. J’étais bien sot alors, me croyant atteint d’un cancer du foie alors que je ne souffrais de rien du tout. Depuis 2005, j’ai tout intérêt à ce qu’il y ait un ailleurs, un au-delà, un Paradis, et ce qui me conforte à y croire est le fait d’avoir parfois « senti » Muriel me soutenir, en de rares occasions toutefois.

Ce nouvel an 2015, j’ai décidé de ne pas regarder de DVD, comme c’est mon habitude la plupart du temps. Sur TF1, j’ai choisi de voir « Les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec » de Luc Besson avec Louise Bourgoin. A part la beauté de l’actrice, je me suis ennuyé. Le film date de 2010. C’est le genre de films que les américains réussissent et les français ratent, faute de moyens financiers. On a voulu ici jouer la carte de la dérision, de la parodie, et la mayonnaise ne prend pas. De toute façon, le cinéma américain lui-même ne m’enthousiasme plus, il a perdu sa magie, est devenu un spectacle pour mangeurs de pop corn. James Bond, jadis enthousiasmant, bien que britannique, a perdu tout son charme depuis l’arrivée catastrophique de Daniel Craig en 2006. On veut faire des films sombres, à l’image du 11 septembre 2001, déjà les Batman ont montré la voie.

Quelle place aurait Muriel aujourd’hui dans le paysage audio-visuel, quoiqu’à soixante douze ans, elle aurait pris une retraite méritée ? Elle n’était pas faite pour cette époque, pas davantage que moi. Les films français sont devenus ennuyeux, oubliant la magie de Belmondo, Delon, De Funès, Fernandel, Bourvil, Lino Ventura, Jean Gabin. Les comédies sont vulgaires et débiles, et Vincent Cassel peut remercier d’être le fils de Jean-Pierre, sans cela, il m’aurait fort étonné qu’on l’engage pour jouer Jacques Mesrine. Il n’a aucun charisme, mais qui en a : Frank Dubosc ? Danny Boon ? Christian Clavier et Jean Reno ?

« Adèle Blanc-Sec » est adapté d’une bande dessinée. L’exercice n’est pas facile. Je me souviens des deux « Tintin » avec Jean-Pierre Talbot dans les années soixante qui étaient des désastres. Il n’y a plus de filles comme Muriel aujourd’hui. La gloire s’acquiert trop rapidement pour vite s’évanouir, notamment avec la téléréalité. Les comédiennes qui tournent des séries (Muriel en a fait cinq) sont sans doute plus médiatisées avec les technologies modernes, l’information immédiate, Internet. Je pense à Ingrid Chauvin qui a vécu des drames, Muriel en a eu aussi, mais à son époque, il était bien plus difficile de savoir ce que devenaient nos vedettes. Elles pouvaient mettre une chape de plomb sur leur sort.

La chaîne Histoire a eu la bonne idée de rediffuser « Les rois maudits », dans une copie remastérisée, l’image est bien supérieure au coffret mis en vente par TF1 vidéo dont les couleurs sont saturées et « bavent » parfois. Les deux épisodes avec Muriel sont repassés, les 20 et 27 décembre, ce qui m’a amusé, car en 1972, ils avaient été diffusés presque à la même époque, les 21 et 28 décembre. Cette rediffusion est soi-disant en hommage à la presque centenaire Hélène Duc qui vient de nous quitter.

J’ai pu parler avec elle, en 2010, au téléphone, lui demandant de me recevoir, ce qu’elle a refusé. J’ignorais la maladie de sa fille, la comédienne Elisabeth Catroux, depuis décédée le 22 juin 2013. Hélène Duc m’a adressé deux charmantes lettres depuis 2005, elle est ravie de ma fidélité à celle dont elle écorche le prénom, en l’appelant « Murielle ». Elle m’a écrit que des carrières comme la sienne, je parle d’Hélène Duc, dépendent des fidélités de spectateurs comme moi. André Falcon, que je n’ai malheureusement connu que durant les trois dernières années de sa vie, me parlait et m’écrivait de cette façon.

Christian Marin lui me manque. Il ne savait pas grand-chose sur Muriel, mais il était d’une gentillesse extrême, au point de m’appeler lui-même au téléphone ayant compris que j’étais timide. Son décès a été un coup dur car il m’aidait dans mes recherches, ayant joué deux fois avec Muriel, dans « Les chevaliers du ciel » puis dans un film dont il ne se rappelait rien : « Le mois le plus beau ». J’ai cru, un temps, que Bernard Rousselet allait être un substitut de Marin, pour l’aide qu’il m’a apporté à mon deuxième livre, « La vie, quelle gifle ! », mais je me suis trompé. Il m’a donné des informations sur le tournage des « Dernières volontés de Richard Lagrange », l’un des feuilletons de Muriel, mais ne m’a plus donné signe de vie et ce n’est pas mon genre d’harceler les gens. Christian Marin se serait coupé en quatre pour me trouver une information inédite sur Muriel, mais malheureusement, sa bonne volonté ne suffisait pas.

2 janvier

Pas de DVD non plus ce soir, ma mère, avec laquelle je vis depuis mon divorce, adore Jean-Pierre Foucault qui propose « Qui veut gagner des millions ? ». Voilà un monsieur pour lequel je n’ai guère de sympathie. En 2007, je lui ai écrit à Carry Le Rouet pour qu’il m’aide à trouver un éditeur pour « La reine foudroyée ». Fâché d’être dérangé par un importun, il m’a répondu assez sèchement : « Vous me demandez de vous aider à vous ouvrir les portes du monde de l’édition, ce n’est pas mon métier, ce n’est pas mon domaine. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur ». Sa lettre, datée du 31 janvier 2007, a été expédiée de Paris, à l’enseigne de la société « Parasol productions ».

Il est certain que lorsque vous vous voulez publier un livre, Monsieur Foucault, vous n’avez aucun problème pour dénicher un éditeur en raison de votre notoriété. Albin Michel, Calmann-Lévy et l’incontournable Michel Lafon, éditeur de toutes les stars de TF1, de ceux qui écrivent leurs livres, et des autres. Michel Lafon m’a gentiment fait savoir de ne pas leur envoyer de manuscrits, ils ont des agents de prospection qui se chargent eux même de trouver les auteurs et les livres à écrire, dont acte.

Dans le même genre, j’ai eu une lettre de Patrick Poivre d’Arvor, plus sympathique, le 7 février 2007. L’enveloppe et la lettre sont à en tête de TF1. « J’ai bien reçu votre courrier et je vous en remercie. Il m’est malheureusement impossible de porter sur votre manuscrit un jugement tant que j’anime l’émission « Vol de nuit ». Il est trop difficile d’être juge et partie. Je souhaite très vivement pour vous que ce projet puisse voir le jour. Je vous adresse à cet effet une liste d’éditeurs qui, je l’espère, pourront vous aider plus directement ». Suit une liste de grands éditeurs comme Calmann-Lévy, Fayard, Albin Michel, Actes Sud, Flammarion, Gallimard. Il est évident que tous ces éditeurs font partie des 40 et quelques que j’ai contacté dès 2006 et qui à l’unisson m’ont refusé. Je sais depuis que 99% des manuscrits ne sont pas lus dans les grandes maisons d’éditions lorsqu’ils sont envoyés de façon anonyme, sans recommandation.

Mais en soit, le problème est que Muriel Baptiste, totalement oubliée, n’est pas un sujet vendeur. On ne compte plus les livres sur des vedettes de la téléréalité, qu’ils n’ont pour la plupart par écrits eux-mêmes, ne maîtrisant que le langage SMS. Mais c’est vendeur. Le public a les livres qu’il mérite.

3 janvier

Sur la chaîne Histoire, à 22h30, troisième épisode des « Rois maudits » : « Les poisons de la couronne ». Heureusement que c’est un samedi, cela me permet d’enregistrer l’épisode en direct, sans les aléas de la programmation.

Je me rends compte que par rapport à quelques années auparavant, je reçois très peu de cartes de vœux. J’avais prévu large en timbres et cartes, et finalement je n’ai que quelques réponses à faire. Il y a ceux qui sont morts, ceux que l’on a perdu de vue, la famille qui diminue. Les cartes de vœux sont aussi victimes d’Internet remplacées par les messages virtuels. Pour moi, cela n’a pas le même charme. C’est pour cela que je préfèrerai toujours un livre ou un disque à un téléchargement.

Aux informations, j’entends qu’en Espagne le parti Podemos a le vent en poupe. C’est le mouvement des indignés, qui suit les traces des grecs.

4 janvier

Le soir, je regarde précisément la comédienne sur des DVD à la télévision. A part la rediffusion des « Rois maudits », qui est un peu un cas exceptionnel, il ne faut pas compter sur les chaînes d’aujourd’hui pour nous proposer des programmes avec Muriel. L’auteur de la biographie de Bernard Noël, le premier Vidocq, écrivait la même chose il y a dix ans ou presque. Le dimanche est le soir de Muriel. Elle nous laisse un héritage limité mais je m’en contente. Je n’ai jamais vu d’elle le très rare film « Le mois le plus beau », sorti en juin 1968, diffusé une seule fois à la télévision en 1984 à mon insu. A cette époque, je prenais mon indépendance loin du cocon familial, je n’étais pas tous les soirs scotché devant mon écran de télévision.

Pourtant, Muriel m’aura suivi toute ma vie.

6 janvier

Pino Daniele est mort le 4 janvier, je l’apprends deux jours après. Si en France, il est depuis longtemps oublié, après avoir sorti ses premiers albums et participé au Printemps de Bourges en 1985, il est resté un de mes artistes favoris, même si la cadence avec laquelle ce napolitain sort des albums m’a empêché de tous les acheter. Pino n’a que 59 ans, et si la nouvelle passe inaperçue dans l’Hexagone, toute l’Italie, Naples en premier, est en deuil. Bien sûr, je pense tout de suite à un cancer, mais en fait l’artiste a succombé à une crise cardiaque.

Il avait encore beaucoup à offrir, de musiques à composer, même si ces dernières années, il avait un peu ralenti le rythme des sorties d’albums, sans doute en raison de la crise de l’industrie du disque. C’est une grande perte pour le monde de la musique, mais comme pour Lucio Dalla, la France n’en fait pas cas.

Ce napolitain qui par sa corpulence me rappelait parfois un peu Zucchero avait réussi à construire une carrière dans la durée, à la différence d’un autre napolitain de sa génération que j’aime beaucoup, Alan Sorrenti, qui ne sort plus de disques et se produit, en Italie, dans des discothèques. Pino lui remplissait les stades. Voilà une année qui commence bien mal.

Depuis que j’ai appris, en novembre 2005, la mort de Muriel, le décès d’un artiste, s’il m’attriste, ne me cause jamais la peine qu’elle me causait avant. J’ai été choqué par les disparitions de Michel Berger, Nino Ferrer, C Jérome et Sacha Distel, sur une période qui va donc de 1992 à 2004. Mais depuis Muriel, une disparition d’artiste n’a plus le même poids pour moi. Je ne dis pas que cela me laisse indifférent, surtout dans le cas de quelqu’un comme Daniele qui avait encore des choses à offrir. Mais le choc n’est plus le même, la nouvelle de la mort de Muriel m’a trop secoué.

7 janvier

Tandis que je suis au bureau, ayant mangé assez tôt et n’ayant pas vu les informations sur France 3 à midi, j’apprends par une collègue, qui le voit sur Internet, qu’il y a une fusillade dans Paris, que Cabu, Wolinski, sont morts. Je ne comprends pas sur le champ que c’est un attentat.

On se souvient toujours où l’on était quand tel ou tel évènement est arrivé. Je suis épouvanté par ce fanatisme, et je vais m’abonner à Charlie Hebdo pour six mois, mais très rapidement, je ne le lirai pas. L’attentat en soit ne me surprend pas après l’enlèvement et la décapitation du guide Hervé Gourdel en Algérie le 24 septembre 2014. Ces terroristes me semblent d’autant plus déments que « Charlie Hebdo » me paraît bien en dessous de sa réputation sulfureuse : des dessins, mais comme je l’ai dit, je me lasserai vite de la lecture. Je n’ai pas dû terminer un seul numéro.

Que l’on tue au nom d’un Dieu qui a toutes les chances de ne pas exister (Allah et Dieu sont-ils une seule et même entité) me sidère et m’inclinerait à être athée, si je n’avais pas tant envie après ma mort de retrouver Muriel.

Au fond, cet attentat me fait me poser à nouveau la question de l’existence de Dieu. J’aimerais tant croire, mais mon esprit rationnel hésite. Je suis rassuré lorsque je vois les foules à Rome devant le Pape, ou bien lorsque Robert Hossein et Michael Lonsdale parlent de leur foi.

8 janvier

Je ne comprends pas mes camarades de la CGT qui s’évertuent à défendre Thierry Lepaon. Pour moi, cet homme fait du tort à son syndicat. Une fille pense que c’est une machination du NPA, le parti de Besancenot.

9 janvier

C’est l’assaut en Seine et Marne à Dammartin-en-Goële et la mort des frères Kouachi. Voilà une année qui commence dans le sang et la violence, mais ce qui m’écœure, et n’est pas nouveau, c’est que cela fait l’objet d’un véritable spectacle pour les chaînes de télévision qui multiplient les éditions spéciales, comme pour le 11 septembre 2001.

Je me demande parfois si les journalistes ne souhaitent pas un peu ce genre d’évènements pour les couvrir à satiété.

Jean-Pierre Foucault, encore lui, présente un « Qui veut gagner des millions » spécial pièces jaunes. Je jette un coup d’œil distraitement à la télévision me focalisant sur mon ordinateur, en véritable accroc d’Internet.

10 janvier

Sur la chaîne histoire, le quatrième épisode des « Rois maudits », « La loi des mâles », porté par le magnifique acteur catalan José-Maria Flotats qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait. On le retrouvait sur TF1 en 1980 dans une série de science-fiction française fauchée, ce qui est un pléonasme. Je me demande bien ce qui lui prit d’aller se mettre, avec l’excellent François Chaumette, dans une telle galère.

11 janvier

Grande marche républicaine après les attentats, mais le moins que l’on puisse dire est que la participation des musulmans à celle-ci reste très discrète. On assiste à une récupération de toutes parts de l’émotion collective. Je n’ai pas été marcher.

12 janvier

Fin du cauchemar, Claire récupère la garde de son enfant, le jugement en appel vient de tomber, mettant un terme à sept mois d’angoisse. Je l’apprends à 16h43, sur mon téléphone portable, par un sms.

Saint-Maurice L’exil, 16 janvier

Je participe avec deux camarades à un séminaire culturel de la CGT. Je découvre des intellectuels déconnectés de la réalité. La journée a été agréable. Ce sont de beaux discours, mais la réalité est que le français moyen regarde TF1. La volonté de vouloir démocratiser la culture est louable, mais à mes yeux une entreprise vouée à l’échec. L’époque n’est pas curieuse.

Ce séminaire est organisé avec la commune voisine de Salaise sur Sanne par la CGT. Le changement de majorité aux dernières municipales (de gauche à droite) a entraîné la perte des subventions de l’association « Culture et partage », dont des membres avec l’assentiment des organisateurs viennent manifester pacifiquement. Il y avait lors de ce séminaire une première partie consacrée à une conférence, puis la participation à des ateliers de discussion avec un compte rendu à partir de 15h00. Nous sommes obligés à chaque fois de changer de bâtiment sous une pluie battante.

Valence, 17 janvier

Cinquième épisode des « Rois maudits » : « La louve de France », celui que j’aime le moins car il se passe en Angleterre, et ce malgré un court flash back flouté montrant Muriel Baptiste en Marguerite de Bourgogne.

19 janvier

On peut noter que je regarde assez peu la télévision, mais ce soir-là, Mireille Dumas propose « Qui êtes-vous Michel Sardou ? ». J’apprends que début 1976, en pleine polémique sur la peine de mort, on a tiré sur sa voiture lorsqu’il chantait « Je suis pour ». Sinon, Sardou, artiste devenu consensuel, est décevant ayant dédramatisé le personnage provocateur qu’il fut, à la façon d’autres avant lui comme Jean Yanne, Jacques Martin et Thierry Ardisson. Forcément, on est déçu au terme de l’émission. Sardou m’a parfois plu, parfois horripilé, maintenant il me laisse indifférent.

21 janvier

Depuis l’école, je déteste les visites médicales. Il n’y en a plus souvent heureusement, et je suis tranquille pour un moment. J’ai cependant dû m’y soumettre aujourd’hui. C’est une phobie inexplicable, il est bien plus pénible d’aller au dentiste.

24 janvier

Fin des « Rois maudits » sur la chaîne Histoire avec « Le lis et le lion », qui n’est pas très fidèle au roman de Druon. Par exemple, la scène de l’agonie de Robert d’Artois où il regrette l’assassinat de Marguerite ne figure pas dans le livre. Le destin du fils de Louis X le Hutin, le petit roi sauvé par Hugues de Bouville et sa femme et devenu le fils de Guccio Baglioni, très développé dans le roman, n’est pas abordé par le réalisateur Claude Barma. J’en veux cependant beaucoup à ce dernier de nous avoir privé d’une scène que Muriel aurait dû jouer dans « Le roi de fer », lorsque Philippe d’Aunay, amant de Marguerite, se rend à son hôtel en tant qu’écuyer du comte Philippe (second fils de Philippe Le bel) pour lui délivrer un message de la part de Jeanne de Bourgogne, son épouse. Druon déclare que Marguerite se prélasse les pieds nus sur son lit et reçoit l’écuyer de façon peu protocolaire et décente. On imagine bien Muriel dans cette scène, que Barma a choisi d’éluder.

25 janvier

Avec Demis Roussos, c’est la deuxième disparition de l’année d’un chanteur dont j’ai des cd’s, et que j’ai vu en concert dans l’église Sainte Catherine à Valence en 1992. La différence, par rapport à Pino Daniele, est le fait qu’il n’aurait plus sorti de d’albums, le dernier datant de 2009. Je le croyais plus âgé, il n’avait que 68 ans.

Je dois dire que la disparition de Demis ne m’a pas affectée sur le champ, son dernier album très singulier, « Demis », de 2009, avait peu tourné sur ma platine et je l’avais un peu perdu de vue. C’est avec le recul que l’on se rend compte que c’est une partie de notre enfance qui s’en va, le créateur de « Rain and tears » avec les Aphrodite Childs (dont Vangelis toujours actif) a fait une belle carrière, qui a quand même mieux commencée qu’elle n’a finie. Mais pour un grec, à part aux Etats-Unis protectionniste, il a sorti des disques un peu partout.

Demis avait fait sa première chanson en français au printemps 1973 pour la bande originale du feuilleton « Le jeune Fabre » avec Mehdi et Véronique Jannot, époque bénie pour moi car Muriel multipliait les apparitions à la télévision.

26 janvier

Au bureau, ironie des jeunes collègues sur la mort de Demis Roussos. Pauvre d’elles, croient-elles que leurs artistes d’aujourd’hui, qui ne font plus que de courtes carrières, ne seront pas totalement oubliés le jour de leur disparition.

Cela dit, c’est malheureusement ce qui est arrivé à Muriel, mais pas à elle seule, les comédiens, comme le disait Christian Marin citant Pierre Fresnay, ont leur nom écrit à la craie sur le tableau noir du temps qui s’efface. Je la regarde chaque dimanche sur des DVD mais qui pense encore à elle en 2015, vingtième année de sa mort ?

Chaque heure qui passe je pense à elle, c’est exactement comme si elle était en vie, près de moi, et je pense qu’il en sera ainsi jusqu’au jour de ma mort. Muriel dont je viens d’éditer la biographie complète « La vie quelle gifle ! » ne semble pas pressée que je la rejoigne. Souvent j’ai le sentiment qu’elle me suggère « parle encore de moi et le public se souviendra ». Je fais tous les efforts que je peux en ce sens. Je ne me contente pas de regarder en boucle ses feuilletons le dimanche en dvd, j’écris encore et toujours sur elle. J’écris partout, sur des blogs, dans des livres publiés à compte d’auteur. Elle le mérite. Aimer Muriel est la plus belle chose qui me soit arrivée. Je ne le regretterai jamais.

Le temps et les décennies filent mais mon cœur est resté quelque part en 1973, lorsqu’elle était à l’apogée de sa carrière. C’est une chose donnée à peu de gens d’aimer comme cela. Même la mort n’aura pas anéanti la flamme. Muriel me donne envie de croire qu’il y a quelque chose après la vie. Elle est si présente en moi, dans mon cœur, dans ma tête.

Il y a grève aujourd’hui, mais la CGT appelle seule avec Solidaires et FSU, et de ce fait, nous ne sommes pas nombreux dans la rue.

31 janvier

Mon rhume, qui a débuté le 23 décembre, dure depuis plus d’un mois, alors que je me soigne. Toux, mal à la gorge. Cela passera bien, mais jamais un rhume n’aura duré si longtemps chez moi.

Un ami suggère que ce n’est pas normal et que cela pourrait être une allergie.

Il y a longtemps que nous n’avons pas eu un hiver aussi froid. Actifed et Toplexil sont bien impuissants à me remettre d’aplomb.

Déçu le soir par une émission sur deux artistes que j’adore, « Adamo et Bécaud, le grand show », en raison d’un Michel Drucker omniprésent et surtout d’invités horripilants comme Calogero, Vincent Niclo, Danny Brillant. Quand on lui consacre une émission spéciale, Adamo se fait toujours avoir, ce fut déjà le cas chez Patrick Sébastien, il n’engendre plus l’audience de jadis, aussi est-il noyé dans un flot d’invités inintéressants, d’artistes à la mode qui reprennent ses titres, souvent de façon catastrophique.

Le dernier tube de Salvatore date de 1975, « C’est ma vie », il a beau avoir sorti un album tous les deux ou trois ans, malgré des soucis de santé, le public en est resté à ses premières bluettes des années 60. Voilà un artiste qui a plus de succès au Japon qu’en France où il n’est pas estimé à sa juste valeur.

Pourtant, au fil des ans, le public est passé à côté de forts belles chansons, et ce dès 1977 (« Si tu étais »), à 1982 (le dynamique « Puzzle »). Il a eu beau creuser les sillons de son talent à longueur d’albums comme « Regards », « Avec des si », « Pauvre liberté », « Par les temps qui courent », « Zanzibar », le public en dehors des fidèles n’a pas suivi. Lorsqu’il vient à la télévision, on le contraint à chanter « Vous permettez Monsieur ? » ou « Laisse mes mains sur tes hanches ». C’est lamentable, mais le cas n’est pas unique. Lorsqu’un chanteur français des années soixante ou soixante-dix est invité dans une émission, il a droit à un medley de ses succès et ne peut que chanter qu’un couplet de son nouveau titre, que les gens ne risquent ainsi pas de connaître. On a de cette façon complètement occulté le retour (qui aurait dû être triomphal) de François Valéry en 2014 dont l’album était une merveille, en lui faisant à chaque fois chanter « Aimons-nous vivant » au lieu de son nouveau titre « Nos D’J’s font danser le monde ». Herbert Léonard s’est plaint aussi d’un traitement semblable la même année lorsqu’il a sorti un album de chansons inédites, « Demi-tour ».

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