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Article Télé 7 Jours sur "Mlle de La Faille"

23 Février 2009 , Rédigé par patricks Publié dans #CARRIERE DE MURIEL

ARTICLE TELE 7 JOURS MLLE DE LA FAILLE

 

L’histoire d’une femme ressuscitée par amour, article de REMY LE POITEVIN

9 FEVRIER 1974

 

La chaîne 1 nous conte ce soir, une bien étrange histoire qui serait arrivée en France au XVIIIe siècle : celle d’une demoiselle qui, morte et enterrée, aurait ressuscité incognito pour épouser, toujours incognito, l’homme dont le destin l’avait d’abord séparée. Bien entendu, que Mlle de la Faille ait vécu deux fois est déjà douteux. Mais est-il seulement certain qu’elle ait simplement existé ?

« Nous sommes partis, expliquent André Desvallées et Michel Subiela, auteurs de cette émission, de « la gazette des tribunaux » du 1er janvier 1843 qui rendait compte d’une pièce d’Anicet Bourgeois et Gustave Lemoine, « Sérafine de la Faille », dont il était affirmé qu’elle était basée sur des faits réels. Une semaine plus tard, dans « L’estafette », Frédéric Soulié, auteur prolifique fort en vogue à l’époque, sans contester la réalité de l’anecdote, revendique l’antériorité : « Cette pièce est basée sur une nouvelle que j’ai publiée le 17 avril 1833 dans « L’Europe littéraire ».

« Peut-être, rétorquent alors des lecteurs de « La Gazette », mais vous n’êtes pas le premier. Cette histoire bien connue a déjà été relatée dans le tome des « Causes célèbres » paru en 1809, sous le titre « Victorine d’Olmond ou le double mariage ».

« Pour ma part, dit aujourd’hui André Desvallées, qui a consulté tous les volumes des « causes célèbres » du début du XIXe siècle, je n’ai retrouvé aucune trace de cette Victorine. Mais grâce aux « procès burlesques » de Bouchardon (1832), j’ai découvert une première racine de l’affaire dans le huitième volume des « Causes célèbres et intéressantes avec les jugements qui les ont décidées » de Gayot de Pitaval (1750) : ce très court chapitre intitulé « Dame que l’on tire de son tombeau », ne mentionne aucun nom. Il semble seulement que l’affaire se soit passée à Paris aux environs de 1700, du côté de la rue Saint-Honoré. L’amant de l’héroïne, qui dans les versions ultérieures est parti pour le Canada, s’en va ici en Angleterre. L’affaire, à en croire Pitaval a donné lieu à un procès à Paris. Mais, ajoute André Desvallées, j’ai eu beau chercher : nulle trace d’un tel procès qui dut pourtant être retentissant ».

Il est donc permis de douter. D’autant plus que, à y bien regarder, cette histoire de jeune femme ressuscitée par amour n’est pas sans évoquer le thème de la belle au bois dormant.

Si on s’engage dans cette voie, on peut aller très loin. Par exemple, si l’on suit la psychanalyste Marie Bonaparte qui l’étudie dans un ouvrage récent, y voir un cas de nécrophilie : ce n’est la belle, mais à son cadavre, que va l’amour du Prince Charmant.

Pour sa part, Mme Tenèse, spécialiste de littérature orale au musée des arts et traditions populaires, nous a déclaré : « Le thème de la belle au bois dormant est présent dans la littérature orale ancienne, mais il n’y est pas question de mort. La belle est endormie d’un sommeil magique. On la trouve dans le « Pentameron » du conteur italien Basile (Naples vers 1635) ; en France dans « le roman de Perceforêt », au XIVe siècle.

On peut aussi, ajoute-t-elle, l’identifier, mais inversé, et cette fois avec l’idée de la mort, au Moyen Age allemand, dans « la ballade de Léonore » : cette fois c’est le fantôme du fiancé, tué sur le champ de bataille, qui revient chercher la belle – bien vivante – la prend en croupe sur son cheval pour l’emmener dans sa tombe ».

Ajoutons un autre rapprochement : le thème de cette femme que l’on croyait disparue et que l’on retrouve vivant, avec son amant, dans une maison isolée, se retrouve aussi postérieurement à Frédéric Soulié, dans la nouvelle de Barbey d’Aurevilly : « Le bonheur dans le crime », que Jean Prat porta au petit écran dans « Hauteclaire » ; or Barbey, on le sait, a souvent puisé dans la tradition locale.

Certes, on préférerait croire à la réalité de l’histoire de Mlle de La Faille. Mais dès lors, comment l’expliquer ? Michel Subiela, co-auteur, producteur et réalisateur de la dramatique de ce soir, se défend de vouloir juger et se dit ouvert à toutes les hypothèses : « La belle et son amant sont peut être deux fantômes ». Or, tous les britanniques le savent, les fantômes existent…

Ou bien s’agit-il d’un cas typiquement anglo-saxon, lui aussi, de double personnalité ? Comme cette Eve Black qui vécut simultanément, affirme-t-on, trois existences distinctes (Chacun de ses personnages avait même, dit-on, des écritures entièrement différentes) ?

Peut être, en dépit des apparences, faudrait-il chercher une explication du côté des Zombis, ces « pauvres zombis » de Haïti, cadavres arrachés à leur tombeau par un sorcier qui les transforme en robots de chair pour les faire travailler dans les champs comme des esclaves dépourvus de conscience et de sensibilité ?

Le cas des zombis – bien réels aux yeux des haïtiens, qui barricadent leur tombeau contre les sorciers – a intrigué les spécialistes. Comme l’explique C.H. Dewisme dans « Les morts-vivants ». Il pourrait s’agir non pas de ressuscités mais de rescapés d’une fausse mort. Les délais traditionnels d’observation entre la mort et l’inhumation étant très courts en Haïti (moins de 24 heures), à cause du climat, il est concevable que certains sorciers plongent grâce à des drogues certains sujets dans un coma léthargique pour les réveiller une fois dans la tombe et grâce à d’autres drogues les mettre à leur service.

C’est aborder là le nouveau problème des limites de la vie et de la mort.

Mais est-ce résoudre pour autant le curieux mystère de Mlle de La Faille ?

 

REMY LE POITTEVIN

TABLEAU CLEMENCE DE LA FAILLE

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